Récits de lutte
Constuire un front commun contre l'économie de guerre
Comment une campagne citoyenne a-t-elle réussi à transformer une indignation collective en mobilisation intersyndicale ? Retour sur la stratégie qui a permis de construire un front commun en faveur du désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) des entreprises complices des crimes commis en Palestine.
La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) gère une grande partie de l’épargne collective des Québécoises et Québécois. Elle fait fructifier notamment les cotisations versées au Régime de rentes du Québec (RRQ) et au RREGOP, le principal régime de retraite des employé·es de l’État. Ces deux caisses de retraite représentent près de la moitié (45 %) des 517 milliards $ gérés par la CDPQ. Les choix d’investissement qu’elle effectue engagent donc directement les travailleuses et les travailleurs du Québec.
Une analyse réalisée par la Coalition Québec URGENCE Palestine et le Mouvement pour une paix juste révèle qu’en 2025, la CDPQ détenait 26,4 milliards de dollars dans 81 entreprises complices de violations des droits du peuple palestinien.
Mobiliser par la base
Comment faire pression sur une institution aussi puissante que la CDPQ ? C’est la question qui anime les discussions le 9 novembre 2024, lorsqu’une centaine de personnes issues des milieux communautaire, universitaire et syndical se réunissent à Montréal à l’invitation du collectif Désinvestir pour la Palestine. À la fin de cette journée, plusieurs comités de travail voient le jour. Je choisis de m’investir dans celui consacré au milieu syndical. Pour plusieurs d’entre nous, il ne s’agissait plus seulement de dénoncer les investissements de la CDPQ, mais de trouver le levier capable de faire monter le rapport de force.
Avec un collègue du Collège Dawson, nous mettons en commun nos idées pour réfléchir à la formulation d’une résolution à faire adopter dans nos assemblées syndicales. Après son adoption à Dawson, le texte est retravaillé afin qu’il puisse être repris dans d’autres syndicats. Présentée ensuite au Syndicat des professeures et professeurs du Cégep du Vieux Montréal, cette version devient rapidement un modèle diffusé sur le site web de la campagne. Elle est ensuite adoptée par la Fédération nationale des enseignant·es du Québec (FNEEQ), par le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, puis par la CSN, avant d’être reprise par des organisations de différentes affiliations.
La résolution demande aux différentes instances syndicales d’agir pour que la CDPQ désinvestisse des entreprises impliquées dans les violations des droits humains et du droit international en Palestine, mais aussi pour que le Canada cesse de fournir du matériel militaire à Israël et que le Québec ferme son bureau à Tel-Aviv.
Construire un rapport de force intersyndical
Son adoption devient bien plus qu’une prise de position symbolique : chaque assemblée est l’occasion de découvrir où est investie notre épargne collective. Pour beaucoup de travailleuses et de travailleurs, c’est un choc de constater que leur propre épargne-retraite contribue aux profits d’entreprises impliquées dans l’économie de guerre. Cette prise de conscience transforme les assemblées en espaces d’éducation populaire, favorise l’adoption de mandats communs et conduit les grandes centrales syndicales à interpeller publiquement Charles Emond, président-directeur général de la CDPQ.
C’est probablement là que réside la principale réalisation de cette mobilisation**.** Plusieurs mois de travail patient dans les assemblées générales et les différentes instances syndicales auront permis de construire un véritable front commun intersyndical (FNEEQ, FAE, CSN, APTS, SPGQ). Les prises de position publiques des principales centrales syndicales démontrent que cette campagne citoyenne est devenue une parole collective capable d’augmenter la pression sur la CDPQ et de l’obliger à rendre des comptes.
Les résolutions adoptées ne constituent toutefois pas un point d’arrivée**.** Elles donnent un mandat aux représentantes et représentants syndicaux qui siègent dans les instances liées aux régimes de retraite et ouvrent la voie à une nouvelle étape. Les prochaines négociations de conventions collectives offriront l’occasion de faire des choix d’investissement de notre épargne collective un véritable enjeu syndical, afin que nos fonds de retraite cessent d’alimenter les industries de guerre.
Pour en savoir plus
cdpq-palestine.info