Chroniques

Extractivisme militaire: « La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire avoir »

Extractivisme militaire: « La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire avoir » Louve rose et Le déserteur-e

Après la transition énergétique, c’est au tour de la militarisation de servir de prétexte gouvernemental pour justifier les projets d’exploitation des ressources naturelles. Il ne faut cependant pas se laisser berner par ce faux discours d’urgence.

«Il faut faire la transition énergétique» chantaient en cœur les gouvernements caquiste et libéral du Canada durant les dernières années en proposant une panoplie de projets de développement économique «vert». Filière batterie, zone d’innovation, vallée de la transition, agrandissement de port, champs d’éoliennes privés et mines «écologiques» étaient à l’ordre du jour.

C’est sous ce vernis environnementaliste que la Coalition avenir Québec a lancé au début des années 2020 son programme économique de transition énergétique. À peine quelques années plus tard, la filière batterie semble à l’abandon et la transition énergétique paraît désormais derrière nous — alors qu’elle n’a jamais vraiment débuté.

Sauf que le développement économique extractiviste et industriel, lui, s’accélère. Bouleversements de la géopolitique mondiale, montée des droites, Trump : toutes les raisons deviennent des prétextes pour légitimer l’accélération capitaliste. La défense de la nation, de son PIB et de ses intérêts est devenue le mot d’ordre pour faire avancer des projets industriels sans entraves démocratique ou écologiste.

Loin de trancher avec les orientations précédentes, les objectifs de développement de l’industrie de guerre permettent d’aller encore plus loin dans l’expansion de l’extractivisme, des technologies de pointe et des industries lourdes. Comme pour le «secteur batterie», le matériel militaire moderne est extrêmement dépendant en ressources minières et en énergie. Le fédéral et le provincial se voient donc offrir la parfaite excuse pour justifier l’investissement dans ces secteurs et le retrait des mesures limitant leur développement (mesures environnementales, processus démocratique et bureaucratique, consultation publique, etc.)

Derrière le discours de défense et de sécurité, les documents d’orientation comme la Stratégie industrielle de défense du fédéral et Le pouvoir québécois du provincial décrivent un large projet de transformation de l’économie. L’État y jouerait un rôle de moteur et lubrifiant du développement du complexe militaire en encourageant et en facilitant la production des biens d’usage mixtes (militaire et civil). Le gouvernement Québécois va jusqu’à défendre l’idée d’utiliser les fonds publics pour soutenir la consolidation des PME de la technologie et en faire des géants de l’industrie de la défense.

Bien évidemment, ce développement économique permettra d’écouler sur le marché canadiens cuivre, aciers, lithium, or, graphite et tout un tas de ressources enfouies sous le vaste territoire du soi-disant Canada. Comme pour le reste de son histoire, ce pays de colons se perçoit moins comme une entité civique que comme un vaste projet d’extraction de ressources et de production de bien. L’écho avec les origines coloniales du Canada est encore plus fort lorsque que l’on sait que c’est au marché européen et ses alliés qu’est destinée la majorité de la production industrielle.

Dans un contexte mondial incertain, où l’ordre néolibéral et mondialisé est remis en cause, le Canada fait le choix de redevenir une base arrière du bloc occidental. Comme à l’époque où la Royal navy venait ici s’approvisionner en bois pour ses navires, le sol de la colonie aurait la vocation de fournir les matériaux pour l’aviation, les armes et les technologies de l’arsenal occidental. Un projet d’autant plus intéressant pour les capitalistes canadiens s’ils arrivent à ce que ces ressources soient transformées ici, leur permettant d’exporter des biens à «haute valeur ajoutée».

Au Québec, le gouvernement est transparent dans sa volonté d’utiliser l’énergie comme levier pour attirer des industries de pointe, des centres de données et des entreprises de technologie, computation quantique et intelligence artificielle en tête. En visant doubler sa production électrique d’ici 2035 (l’équivalent de 185 TWh additionnels), la province veut s’assurer de fournir une énergie abondante et abordable à ces industries extrêmement énergivores. Les promesses de transition énergétique et les arguments d’éco-blanchiment ne sont plus que des notes de bas de page. Maintenant, le gouvernement l’assume: il faut de l’énergie pour faire aller la machine militaro-industrielle. Comme on peut lire dans Le pouvoir québécois, «l’énergie est le nerf de la guerre.»

La promesse de ces orientations est donc claire : éventrer les sols, noyer les forêts, coloniser toujours plus le nord du territoire, bâtir de vastes complexes industriels et faire avaler la pilule au nom de la sécurité nationale et de la santé économique. Encore et toujours pour assurer à la classe capitaliste canadienne et québécoise de ne pas perdre en privilège, en confort et en pouvoir. Extraire plus pour produire plus pour vendre plus… de guerre.

Partager cet article

  • X
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Reddit
  • WhatsApp
  • Telegram
  • Pinterest
  • Bluesky

Articles connexes