Analyses
Refusons l'embrigadement de la jeunesse
Alors que le futur s’assombrit pour les étudiant·es avec un filet social qui s’écroule, une crise du logement qui s’aggrave et le coût du panier d’épicerie qui continue d’augmenter, les gouvernements québécois et canadiens décident d’investir dans une militarisation qui n’offre que précarité et violence à la jeunesse.
Après 40 ans d’austérité en éducation, il n’est pas étonnant que la vie soit dure pour les personnes aux études. D’un côté, le coût de la vie augmente de manière fulgurante et, de l’autre, l’aide financière aux études (AFE) prétend qu’il est possible de vivre avec 1400 $ par mois pour payer le loyer, la nourriture, le transport et tous les autres besoins. En ce moment, choisir d’être aux études, c’est choisir d’être précaire. Pendant ce temps, les orientations militaristes de nos gouvernements, au fédéral comme au provincial, sont de mauvais présages pour les étudiant·es.
Militarisation et austérité
Nos gouvernements continuent leur approche d’austérité pour les services publics et de générosité pour les secteurs privés, mais maintenant avec un soutien dirigé spécifiquement vers le secteur militaire. Cette nouvelle direction n’est que l’intensification d’une politique économique déjà dysfonctionnelle. Non seulement les besoins essentiels comme le logement, la nourriture, la santé et l’éducation sont laissés de côté, mais l’investissement dans le militaire est le pire choix possible pour les citoyens canadiens et québécois. C’est une industrie à forte concentration de capital et à faible utilisation de main-d’œuvre, ce qui signifie que les investissements dans celle-ci vont créer moins d’emplois que d’autres secteurs de l’économie. Une économie fondée sur l’industrie militaire en est une qui ne va qu’augmenter les inégalités économiques.
De plus, l’environnement sera affecté de manière particulièrement destructrice. L’industrie militaire a déjà un impact écologique très élevé, étant responsable de près de 5,5 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, chiffre qui ne prend pas en compte le coût de reconstruction des destructions engendrées par les guerres. Alors que des mouvements de grève contre l’austérité et de grève climatique ont agité la jeunesse, la militarisation de l’économie représente une nouvelle menace pour celle-ci.
Précariser pour enrôler la jeunesse
La stratégie économique qui fait de nous les marchands d’armes de l’Occident s’accompagne d’une campagne de recrutement historique au sein des forces armées. En construisant une économie qui précarise de plus en plus la jeunesse, le gouvernement rend encore plus attrayante l’option de vendre son corps et sa liberté aux forces armées. Pendant que la qualité de vie des citoyen·nes continue de chuter, le salaire et les bénéfices des soldats, eux, augmentent. Pour un·e étudiant·e précaire qui tente de survivre sur l’AFE et qui a besoin de travailler en plus d’être aux études à temps plein, l’option d’avoir la gratuité scolaire, voir le salariat étudiant, avec un salaire qui commence à 35 000 $ par année, est tentante. Cette stratégie fonctionne visiblement, car en 2025 le Canada a connu sa plus grande vague de recrutement en trente ans.
Les forces armées : une institution violente
Ce qu’on ne dit pas à celles et ceux qui s’enrôlent, ce sont les conséquences du « travail » au sein des forces armées. Une paie un peu plus élevée n’efface pas les violences qu’inflige l’armée à ses soldats. C’est une organisation fondamentalement violente qui idéalise une hypermasculinité néfaste.
Les statistiques de santé mentale en disent long : une étude gouvernementale sur les militaires et vétérans a observé que 19,5 % ont vécu un épisode de dépression majeur au cours de la dernière année et 9,9 % un trouble de stress post-traumatique. Sur l’ensemble de leur vie, ces chiffres augmentent respectivement à 40 % et à 22 %. Le taux de suicide, 45 % plus élevé chez les vétérans que dans le reste de la population, est emblématique de cette violence institutionnelle.
Les taux de violences sexuelles sont aussi extrêmement élevés. L’institut Atlas pour les vétérans rapporte que, depuis leur arrivée au sein des forces armées canadiennes, environ une femme sur quatre et un homme sur 25 ont subi au moins une agression sexuelle, mais mentionne aussi que ces statistiques proviennent des signalements et que plus de la moitié des cas d’inconduite sexuelle ne sont pas signalées. Pour l’institut « Il est connu que la culture organisationnelle militaire tolère ou accepte souvent la discrimination, le harcèlement et la violence fondés sur le sexe ou le genre ».
Beaucoup de nouvelles recrues mentionnent leur inquiétude face à notre voisin du sud comme un des facteurs les ayant motivées à s’enrôler. Le mirage d’une conquête américaine entraînera un réveil abrupt chez ceux qui s’enrôlent pour défendre la souveraineté canadienne quand iels vont se voir mobiliser pour maintenir l’ordre économique mondial et l’exploitation du Sud global.
Cette militarisation du Canada et du Québec n’est pas un vrai projet de société, mais une simple escalade de la violence des plus puissants envers les plus faibles. C’est une prise d’otage de la jeunesse qui est forcée de choisir entre la violence de la pauvreté et celle de la vie militaire, sans parler de la violence que cette militarisation va servir à infliger au Sud global. Nous pouvons, et devons, refuser d’être réduit à une chair à canon, vendu·es au profit des élites économiques et politiques. Luttons pour une société qui prend sa jeunesse et son futur au sérieux, qui cherche à minimiser la violence au lieu de maximiser le pouvoir de quelques élites.
Coalition de résistance de l’unité étudiante syndicale
Site web : crues.org
Instagram : @la_crues